Le travail de Célina Guiné est une exploration des langages et de leurs seuils [points de butée], du deuil [perte] et de la fluidité de nos existences complexes.

Entre traces et pertes, il fouille la mémoire, la voix et le corps par le dessin, la peinture, l’écriture.

Le geste se heurte à ses propres limites, s’épuise et jaillit en flux et reflux. À travers différentes couches superposées ou retirées, l’outil -encre, fusain, fil, mot- explore aussi les blancs, manques et impossibilités (ce qui ne peut être remonté à la surface). Une topographie de la parole se dessine, fragile et puissante.

 

_FRAGMENTATION | ARCHÉOLOGIE DE L’ÊTRE

 

Récolte minutieuse d’éléments épars, cette volonté de faire état se heurte constamment à une impossibilité : l’unicité de l’être et du langage.

L’accumulation de fragments interroge notre rapport à la totalité - intellectuelle, physiologique, métaphysique, politique.

Différentes strates sont fouillées : révolutions intimes, renversements intérieurs, questionnements sociétaux, colère féministe, rapport à la mort.

 

 

_INSUFFISANCE DU LANGAGE

 

Le dessin cherche à écrire autrement (en-dessous), la peinture puise ici et avant, l’écriture remonte les voix, le fil raccommode, mais l’énigme reste opaque : ce qui est dit ne peut être dit (pourquoi ?), pourtant, tout est montré (en pièces détachées).

La représentation : abandonnée.

La mort -perte- est au centre, point aveugle de notre époque.

Le présent s’épuise au creux des êtres, puzzles de flux, trop-pleins, absences.

Cependant, quelque chose se meut, s’agite, c i r c u l e.

Et puis, un arrachement.

 

 

_MÉMOIRE | AMNÉSIE | VIOLENCES

 

Cette recherche se cogne sans cesse à la mémoire et ses failles, ses trous, sa fluidité, sa complexité. Par la ligne, le geste, tenter de tracer les contours de ce qu’il faut oublier pour survivre. Faire trace de ce qui se joue dans nos mémoires : conflits, traumas, impressions, flous, émotions-fleuves. Remonter les corps, exhumer les violences, parler du matériau de nos existences (boue et eaux claires, s’y noyer).

Interroger la douceur ; interroger la colère.

 

 

_INTRANQUILLITÉ | MOUVEMENT | RESTES

 

Surfaces-membranes, allers-retours incessants : une certaine intranquillité met en mouvement permanent certitudes et discours globalisants.

Toute volonté monolithique est démontée, on s’intéresse à la contre-forme, aux restes, aux chutes qui se transforment, à l’envers du discours : là où se trouvent les nœuds.

Toute monumentalité est mise en pièces, on lutte ici contre une domination de la pensée érectile, on trace les contours fluides et fluctuants de ce[lles] qui reste[nt] sans-voix (par impossibilité, érosion ou invisibilisation).

Une géographie poétique de l’empathie se met en place, fragile et patiente reconstruction autour de l’inaudible.

Que fait-on du vivant ?

_RITUEL | ARCHIVES SENSIBLES

 

C’est également la réinvention d’un rituel funéraire, où les fragments exposés seraient archives sensibles, fragments d’êtres ou petits trésors, destinés à être déposés avec le/la défunt.e afin d’honorer sa mémoire tout en abandonnant un temps disparu, qui ne peut être laissé qu’à la mort afin de retrouver la vie, la voix. Ce rituel pourrait aussi être entrepris pour tout élément appartenant à un autre temps de notre existence : faire état, par bribes, puis laisser aller.

 

Ainsi, [re]construire et [re]constituer avec les pertes et les manques : dans les vides circulent les souffles.

 

 

 

_GESTES

 

fragmenter/recomposer, construire/déséquilibrer, contourner la maîtrise, interroger la ligne, prendre soin/couper, relier les paradoxes, associer les restes, organiser la colère, oublier, survivre, remonter un corps liquide, buter contre un corps solide, aller contre et envers soi, aller entre soi, aller vers soi, aller vers, laisser aller

 

_MATÉRIAUX

 

papiers divers, chutes de papier, papier coton, encre et eau, aquarelle, gouache, techniques sèches, galets, laine, fil, bois, matériaux récupérés et glanés, tissu, cire, cendre, terre, mots

 

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