Le travail de Célina Guiné pourrait être défini comme une exploration des langages [dessinés] et de leurs seuils, du deuil et de la multiplicité de l’être en équilibre permanent entre la vie et la mort.

 

 

_FRAGMENTATION | ARCHÉOLOGIE DE L’ÊTRE

 

Il s’articule autour de recherches par le dessin (sur et hors papier, assemblage, sculpture), la couleur (plongée), l’écriture (butée), et leur mise en espace.

 

C’est la récolte minutieuse d’une multitude d’éléments se heurtant à une impossibilité : l’unicité de l’être et du langage.

Cette accumulation de fragments interroge notre rapport à la totalité - intellectuelle, physiologique, métaphysique.

Différentes strates sont fouillées, intimes et universelles.

 

 

_INSUFFISANCE DU LANGAGE

 

Le dessin permet d’écrire autrement (en-dessous), la peinture puise ici et avant, l’écriture esquisse les voix dissonantes, le fil raccommode, l’énigme reste opaque : ce qui est dit ne peut être dit, pourtant, tout est montré (en pièces détachées).

La représentation : abandonnée.

La mort est au centre, point aveugle de notre époque.

Le présent s’épuise au bord des êtres, puzzle éparpillé dans les flux et les trop-pleins.

Cependant les lignes frémissent, les couleurs jaillissent, quelque chose se meut, s’agite, circule.

 

 

_INTRANQUILLITÉ | MOUVEMENT | RESTES

 

Les surfaces sont des membranes, les allers-retours incessants, l’intranquillité de l’être met en mouvement permanent les certitudes et les discours globalisants.

Toute volonté monolithique est démontée, on s’intéresse à la contre-forme, aux restes, aux chutes qui se transforment, à l’envers du discours : là où se trouvent les nœuds.

Toute monumentalité est mise en pièces, on lutte ici contre une certaine forme de domination de la pensée érectile, on trace les contours fluides et fluctuants de ce qui reste sans-voix (par impossibilité, érosion ou invisibilisation).

Une géographie poétique de l’empathie se met en place, fragile et patiente reconstruction autour de l’inaudible.

Que fait-on du vivant ?
 


_RITUEL | ARCHIVES SENSIBLES


    On peut également y voir la réinvention d’un rituel funéraire, où les fragments exposés seraient archives sensibles, fragments d’êtres ou petits trésors, destinés à être déposés avec le/la défunt.e afin d’honorer sa mémoire tout en abandonnant un temps disparu, qui ne peut être laissé qu’à la mort afin de retrouver la vie, la voix. C’est un rituel qui pourrait aussi s’envisager pour tout élément appartenant à un autre temps de notre existence : faire état, par bribes, puis laisser aller.


Ainsi, (re)construire et (re)constituer avec les pertes et les manques : dans les vides circulent les souffles.

 

 

_GESTES

fragmenter/recomposer, construire/déséquilibrer, contourner la maîtrise, interroger la ligne, prendre soin/couper, relier les paradoxes, associer les restes, remonter un corps liquide, buter contre un corps solide, aller contre et envers soi, aller entre soi, aller vers soi, aller vers, laisser aller

 

_MATÉRIAUX

papiers divers, chutes de papier, papier coton, encre et eau, gouache, techniques sèches, galets, laine, fil, bois, matériaux récupérés et glanés, tissu, cire, cendre, terre

 

© Célina Guiné 2020